La Centrale : un appel à candidature qui consacre le désengagement public de la culture à la Ville de Bruxelles


La publication de l'appel à candidature pour l'occupation et la gestion du bâtiment de La Centrale marque une nouvelle étape dans l'évolution des politiques culturelles menées par la Ville de Bruxelles. Au-delà du devenir d'un lieu emblématique de l'art contemporain, cet appel révèle un choix politique dont les conséquences dépassent largement ce cas.
Depuis plusieurs mois, le secteur des arts plastiques et les fédérations professionnelles alertent sur la nécessité de préserver un véritable outil public au service de la création contemporaine (cf. Suite à la fermeture de la Centrale : constats et propositions pour le soutien aux arts plastiques à Bruxelles. Note à la destination de Monsieur Philippe Close, Bourgmestre de la Ville de Bruxelles (s'ouvre dans un nouvel onglet)).
Aujourd'hui, la majorité en place au sein du collège de la Ville propose de confier ce lieu à un opérateur externe, sans prévoir de financement structurel pour son fonctionnement, dans l’Appel à manifestation d’intérêt (s'ouvre dans un nouvel onglet) publié début juillet. L'appel est présenté comme une opportunité. Pourtant, les conditions qu'il impose racontent une autre réalité. Le·a futur·e gestionnaire devra assumer seul·e les coûts d'exploitation du bâtiment et payer en plus un loyer auprès de la Ville de Bruxelles pour la vitrine située rue Sainte-Catherine, tout en développant une programmation ambitieuse, des partenariats avec l'enseignement supérieur artistique, un travail avec le tissu associatif et une ouverture à de nombreux publics. Les charges réelles d'un tel équipement ne sont d'ailleurs pas précisées tout en mentionnant qu’il s’agit de “garantir un cadre institutionnel clair et professionnel, sans engagement financier de la Ville.” Il s’agit donc bien de remplir exactement les missions qui étaient celles de la Centrale depuis 20 ans mais avec un désengagement des pouvoirs publics.
Dans ces conditions, qui peut réellement répondre à un tel appel ? Certainement pas la grande majorité des opérateurs des arts plastiques soutenus par la Fédération Wallonie-Bruxelles ou la COCOF, dont les moyens déjà insuffisants pour remplir leurs missions continuent de diminuer (cf. #Arts Plastiques Danger (s'ouvre dans un nouvel onglet)). L'ouverture affichée de la procédure masque ainsi une réalité beaucoup plus restrictive : la capacité financière devient un critère déterminant d'accès à un équipement culturel public.
Nous refusons que les infrastructures publiques soient attribuées selon une logique où les moyens économiques priment sur le projet artistique et l'intérêt général. Une telle mise en concurrence favorise inévitablement les acteurs les plus puissants, qu'ils soient privés ou déjà fortement dotés, au détriment des droits culturels et d'un tissu culturel pluraliste en phase avec une société démocratique.
Cette situation s'inscrit dans un mouvement plus large. À tous les niveaux de pouvoir, les financements publics consacrés à la culture stagnent ou diminuent, tandis que les partenariats public-privé sont présentés comme LA solution. Ce glissement traduit un choix idéologique : les pouvoirs publics se retirent progressivement de leurs responsabilités en matière de politique culturelle et attendent du secteur qu'il compense ce désengagement.
Or une politique culturelle ne consiste pas à mettre un bâtiment à disposition et à laisser un jury sélectionner l'opérateur le plus à même d'en assumer les coûts, selon des critères de sélection particulièrement vagues reposant sur la ‘qualité de la vision artistique et culturelle proposée’. Elle consiste, à l’inverse, à définir une vision, à soutenir durablement les acteurs qui la mettent en œuvre et à garantir que les équipements publics restent au service de la création, de la diversité artistique et de l'intérêt collectif et non du marché privé.
Ce débat dépasse donc largement le nom du futur occupant de La Centrale. Quelle que soit la qualité du projet retenu, c'est le modèle qui nous préoccupe. Le secteur des arts plastiques appelle les pouvoirs publics à réaffirmer leur responsabilité dans le soutien à la création contemporaine et à engager une véritable réflexion sur l'avenir des infrastructures culturelles bruxelloises. La question n'est pas seulement de savoir qui occupera La Centrale demain, mais quelle politique culturelle nous voulons collectivement défendre.
Signataires :
ASAP (s'ouvre dans un nouvel onglet) – Assemblée des Structures en Arts Plastiques asbl
LaFAP (s'ouvre dans un nouvel onglet) – Fédération des Arts Plastiques
RABKO (s'ouvre dans un nouvel onglet) – Réseau des arts à Bruxelles / Brussels kunstenoverleg
Brussels Museums (s'ouvre dans un nouvel onglet) – Fédération des musées de la Région de Bruxelles-Capitale
50° Nord - 3° Est (s'ouvre dans un nouvel onglet) – Pôle arts visuels hauts-de-France et territoires transfrontaliers
NICC (s'ouvre dans un nouvel onglet) – Initiative sans but lucratif gérée par en pour les artistes